STW #5 – Céline Lazorthes – Fondatrice de Leetchi

CÉLINE, QUI CONNAÎT UN PAQUET DE BONNES ADRESSES DANS SON QUARTIER, M’A DONNÉ RENDEZ-VOUS POUR UN DÉJEUNER AU GYOZA BAR SITUÉ PASSAGE DES PANORAMAS. C’EST DONC ENTRE DEUX BOUCHÉES DE PETITS RAVIOLIS, MI-VAPEUR, MI-GRILLÉS, QU’ELLE A RÉPONDU À MES QUESTIONS.
CÉLINE, TU ES FONDATRICE DE LEETCHI, UNE ENTREPRISE QUI S’EST BIEN DÉVELOPPÉE DEPUIS SA CRÉATION EN 2009. EST-CE QUE TU PEUX ME DÉCRIRE EN QUELQUES MOTS L’HISTOIRE DE CETTE ENTREPRISE ET CE QU’ELLE EST DEVENUE AUJOURD’HUI ?

À l’origine, j’ai eu l’idée de développer une plateforme qui permettrait de récolter de l’argent à plusieurs pour faire un cadeau d’anniversaire, de mariage, de pot de départ, etc. Avec le temps, les utilisateurs de Leetchi ont eux-mêmes fait évoluer le service.

Par exemple, on a vu éclore beaucoup de cagnottes publiques d’appel à la solidarité comme celle organisée en soutient à Charlie Hebdo ou celle de ces jeunes parents qui cherchaient les fonds nécessaires pour l’opération de leur petit garçon atteint d’une maladie orpheline. Du coup nous avons récemment développé un label de confiance certifié par leetchi.com et nous nous engageons à suivre l’usage de ce type de cagnottes.

De la même manière, c’est après avoir constaté que certains de nos clients utilisaient le système de cagnotte pour des remboursements entre amis que nous avons créé Leetchi Cash, une solution innovante de transfère d’argent par mail.

En nous appuyant sur la technologie développée pour Leetchi, nous avons également lancé Mangopay, une solution de paiement dédiée aux marketplaces et aux plateformes de crowdfunding ou de consommation collaborative.

Aujourd’hui Leetchi c’est un groupe qui compte 3 millions d’utilisateurs partout en Europe, 500 plateformes utilisatrices de la solution Mangopay et 33 collaborateurs répartis entre Paris, Londres et le Luxembourg.

COMMENT ES-TU DEVENUE ENTREPRENEUR ? EST-CE QUE C’ÉTAIT UNE ENVIE BIEN ANCRÉE OU BIEN AS-TU SIMPLEMENT SAISIE UNE OPPORTUNITÉ ?

C’est sans doute un peu des deux… Je n’avais pas d’envie précise d’entrepreneuriat mais je voulais être maître de mes décisions et surtout que mon travail soit un réel facteur d’épanouissement. Au final c’est plutôt l’idée qui m’a amenée à créer mon entreprise, entreprendre c’était plus un moyen qu’une finalité.

QUELLES SONT SELON TOI LES QUALITÉS INDISPENSABLES POUR ENTREPRENDRE ?

Il faut avant tout être très optimiste ! Il faut croire en ses rêves et voir le bon côté des choses pour ne pas se décourager en chemin. Il faut également être pugnace et savoir bien s’entourer parce qu’on ne peut évidemment pas être bon dans tous les domaines.

TU INTERVIENS SOUVENT POUR PARLER DE LA PLACE DES FEMMES DANS L’ENTREPRENARIAT, POURQUOI CE SUJET T’INTÉRESSE-T-IL PARTICULIÈREMENT ?

Il y a un chiffre que je trouve assez parlant : seulement 10% des entrepreneurs dans les nouvelles technologies sont des femmes… Le principal frein à l’entrepreneuriat féminin vient sans doute des femmes elles-mêmes. Elles se disent qu’elles ne sont pas capables, qu’elles n’ont pas assez d’expérience, pas les épaules assez larges, etc. Il me semble important de témoigner auprès de ces femmes, de leur dire que c’est possible ! En ce qui me concerne j’étais très admirative de Catherine Barba (NDLR : experte du commerce électronique et de la transformation numérique, entrepreneuse et business angel française), son parcours m’a vraiment encouragé, m’a donné des raisons d’y croire.

EST-CE QU’IL Y A D’AUTRES ENTREPRENEURS QUI COMME CATHERINE BARBA T’ONT INSPIRÉ OU SERVI DE MODÈLE ?

Il y a plusieurs personnalités publiques très admirables pour leur parcours comme Xavier Niel ou Gilles Babinet (NDLR : entrepreneur français actuellement responsable des enjeux de l’économie numérique pour la France auprès de la Commission européenne). Ce sont des gens qui donnent évidemment envie, des personnalités très humaines, très à l’écoute. Les différents échanges que j’ai pu avoir avec Xavier Niel m’ont toujours régénérée. Il est très positif et encourageant. Ensuite, j’avoue que je tire énormément profit de mon groupe d’amies entrepreneuses. On échange de façon très transparente sur nos difficultés quotidiennes à l’occasion de longues soirées apéro !

ON A L’IMPRESSION QUE LES STARTUPS FORMENT UN MONDE À PART, QU’ELLES NE FONCTIONNENT PAS COMME LES AUTRES ENTREPRISES.  EST-CE QUE TU PARTAGES CE SENTIMENT ?

Une startup c’est une entreprise en forte croissance et à la recherche d’un modèle. Elle a donc des besoins en financement ou en accompagnement différents d’une PME classique. En revanche elle a les mêmes objectifs : rentabiliser ses investissements, générer de la croissance, créer de l’emploi, etc. Le monde des startups est souvent fantasmé, certains se bercent d’illusions et rêvent d’un succès « facile » alors que n’est pas Mark Zuckerberg qui veut !

ET EN MATIÈRE DE COMMUNICATION, PENSES-TU QUE LES STARTUPS DOIVENT GÉRER LES CHOSES DIFFÉREMMENT ?

Il me semble que chaque entreprise a une communication qui lui est propre et qui dépend de son positionnement, sa marque, son dirigeant… En revanche, il est certain que les startups doivent d’abord investir sur le produit avant d’investir en marketing ou en communication. C’est la force du produit et de leur réseau qui doit leur permettre de séduire leurs premiers clients. Après, elles doivent trouver des solutions économiques donc forcement plus créatives, plus innovantes, pour réussir à émerger et être entendues.

EST-CE QUE TU SUIS LES CAMPAGNES DE TES CONCURRENTS OU D’AUTRES STARTUPS ? EST-CE QUE CERTAINES T’ONT PARTICULIÈREMENT MARQUÉE ?

Je trouve que le Slip français est une marque qui communique très bien. Ils sont toujours très audacieux, marrants et réussissent toujours à faire parler d’eux positivement.

SI TU DEVAIS ME CONFIER LA RÉALISATION D’UNE CAMPAGNE POUR L’UNE DES ACTIVITÉS DE LEETCHI, QUEL SERAIT LE BRIEF ?

Je crois que notre plus gros challenge, encore aujourd’hui, c’est de faire connaître nos services. Sur Leetchi la fameuse petite enveloppe qui passe de mains en mains reste notre principal concurrent et sur Mangopay ce sont les banques traditionnelles et leurs solutions de paiement. Il faudrait donc une campagne « d’évangélisation ».

POUR FINIR, UN MESSAGE À FAIRE PASSER ?

C’est un peu cliché mais je citerais bien Ghandi : « Incarnez le changement que vous voulez voir dans le monde »…